Guyane debout

La Guyane, en ce début d’année 2017, a connu une véritable crise d’adolescence salutaire. Certains ont dit que c’était prévisible mais ceux qui devaient l’anticiper n’ont pas réagit, et ont dû assumer les conséquences. Cette crise de croissance n’est pas si soudaine, elle fait suite suite à une série de méprise, de malentendu souvent entretenu, d’absence de considération voire d’abandon quelquefois. Cette crise générationnelle, cette éveil de la conscience,  a révélé un  droit inaliénable, celui de l’existence même et de sa légitimité  intrinsèque imposant une participation citoyenne  à toute décision influant le quotidien et la planification  du futur. Son crédo pourrait être la citation de Nelson Mandela: « Tout ce que vous faites pour moi  sans moi,  vous le faites contre moi. » 

Une nouvelle identité s’est  affirmée, un désir d’être de toute les couleurs  s’est dessiné. Ensemble toutes et tous se sont données la main pour que demain ne soit plus jamais comme avant, ont brandit leurs poings pour revendiquer les mêmes droits.

Les représentants élus, ceux qui devaient anticiper cette poussée de démocratie ont été discrédité par la population. Cette dernière  reprochant la faillite de leur mandat  de représentation. Faut-il rappeler que la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Quand celle-ci vacille le peuple se mobilise pour rétablir l’équilibre. Quoi que plus normal.

Depuis bien des décennies il y a un décalage entre le mode opératoire et la  situation socio-énomique  actuelle du pays. Les élus et leurs courtisans dans leur bulle de pouvoir et leur sphère d’intérêts, ne sont pas les seuls coupables. Ils ont  tiré profit d’une absence de culture politique ou d’une insouciance de jeunesse. Mais la critique serait trop facile et cette analyse rapide nous priveraient d’une nécessaire autocritique.

Le temps du changement  est parvenu, il faut se fixer un autre cap et réactualiser le logiciel de la gouvernance pour un  système plus adapté au défi de notre siècle. Le véhicule politique qui nous transporte sur la route de notre évolution n’est pas ajusté à l’aventure qui nous attend. Et il ne suffit plus de changer le chauffeur exécutif,  ou quelques pièces détachées de la constitution pour atteindre, sans encombre, la destination choisit. Il est primordial, aujourd’hui,  de choisir le modèle de société qui nous conduira en toute sécurité sur les routes détrempées de l’Amazonie. Il est primordial d’inventer, sur place,  un modèle unique ou Sui generis de toutes pièces, avec avec l’ensemble des usagers par la démocratie participative.

On dit que « La société est l’image de ses élus et nous avons les élus que méritons ». Alors sont-ils nourrit par ce même désir d’émancipation?   Sont-ils pétrit  des mêmes  qualités inter-générationnelles de cette nation naissante?  La réponse est plutôt équivoque car depuis un bon moment les symptômes latents d’un changement de comportement se manifestent sans aucune prise en charge ou évaluation  de la crise. La jeune société guyanaise est bouillonnante mais réfléchie. Elle est beaucoup plus informée qu’on ne le pense, elle est plus impliquée qu’il n’y parait et surtout cette génération  X etY est née avec la révolution  du numérique. Bouleversement que les différents gouvernants ont minimisé et qui pourtant ébranle à ce jour  l’ordre mondial.  La mutation des  paradigmes sociaux-économique est en marche.

La révolution numérique façonne le désir d’avenir de cette nouvelle génération, elle a transformé sa cour de récréation en un espace d’innovation   qui permute l’économie de possession vers une économie fonctionnelle ou collaborative. Cette jeunesse veut s’ouvrir aux  échanges planétaires, à d’autres techniques de savoir-faire, à d’autres cultures. Son téléphone portable est bien plus qu’un gadget,  c’est la télécommande de son quotidien. C’est une arme de révolution démocratique redoutable  qu’elle a entre ses mains. Cette puissance a déjà été démontrer et a renversé plus d’un chef d’état, l’exemple du printemps arabe est là pour nous le rappeler. D’autres révolutions sont en cours notamment celles des modes de pensée qui se veulent plus directs, plus radicaux. L’information n’a jamais circulé aussi vite, tout se fait en direct.

Cette jeunesse invente, imagine  et s’adapte aux mutations  qu’elles créent à partir des  nouvelles technologies. Elle veut bâtir un autre monde, son monde. Celui de l’ère de la communication instantanée, celui du partage et de la solidarité pour lutter contre les inégalités,  celui de la sobriété pour la survie de l’humanité. Dans ce siècle, les jeunes détiennent plus de savoirs que les adultes, aujourd’hui ce sont eux qui initient les adules au nouveau monde, qui éduquent leurs parents aux nouvelles technologie de l’information et du partage . Les politiques, dépassé par cette mutation du comportement et de la pensée, ne sont plus désormais les seuls garants de la stabilité démocratique.

La Guyane est une jeune société qui découvre à peine son potentiel, les richesses de son métissage et de son environnement naturel. Cette prise de conscience  soudaine  modifie perpétuellement son comportement et c’est un signe de bonne santé et de vitalité.  L’insouciance de sa jeunesse  lui permet de chasser ses peurs, de gommer ses doutes et ses complexes. Mais en même temps elle développe sa capacité d’adaptation, sa résilience, et surtout elle démontre sa positivité face à un avenir incertain. Elle réveille peu à  peu son instinct d’émancipation et d’autonomie.

A l’instar des humains, la planète connait aussi ses crises de croissances  et de mutation. Elle se manifeste par des crises de civilisation selon Edgar Morin,  « C’est le socle même de ses valeurs et croyances qui vacille sur ses fondations. Seule une pensée politique est capable de relier, de « tisser ensemble ce qui est séparé, et sera capable d’être à la hauteur de l’ère planétaire. »

Cette évolution des mentalités, du comportement est une mutation logique de la vie pour la survie et  la continuité de l’espèce. C’est un processus naturel d’évolution. Au début c’est la dépendance puis l’autonomie  jusqu’à la mort  du système qui  se renouvèle indéfiniment. Il y a autonomie que s’il y a eu dépendance. Nous sommes donc au début d’un processus logique. Nous ne sommes  pas maitre de l’avenir mais nous pouvons percevoir les tendances à travers les signaux forts ou faibles.

Cette  Guyane effrontée affronte le monde réel tel qu’elle le perçoit mais non pas tel qu’elle le conçoit. Cette subtilité, les responsables politiques nationaux ou locaux n’ont  pas su la déceler à temps, tant que leurs regards étaient fixés sur leur horizon électoraliste, celui de leur mandat . Elle, l’insouciante jeunesse guyanaise,  sait dans quel temps qu’elle vit, sait que l’avenir lui appartient et que son horizon est bien au-delà que celui des politiques. Elle est plus utopiste, tout en étant réaliste sur son destin, ce destin commun que nous devons construire ensemble.

« L’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé. » Théodore MONOD

Elle revendique son retard et ses mauvaises conditions de vie et c’est bien normal car, même orpheline et dépendante de mère France, elle connait ses potentiels, ses droits et sait  aussi les revendiquer.  Ses méthodes  sont encore  archaïques  mais le principal c’est de se faire connaître et reconnaitre, ici et ailleurs.

Aujourd’hui, la Guyane s’est mise debout et constate, désormais, qu’elle pourrait tenir dans cette posture. L’avenir sera trébuchant mais quoi qu’il arrive elle saura compter sur sa forte solidarité pour se relever. Attention, toutefois, à une paresse intellectuelle ou une baisse de la vigilance.

Il faut aujourd’hui savoir bien marcher avant d’envisager de courir. D’ici la, il y aura des chutes, des hésitations mais comme disait Confucius  » Un grand voyage commence toujours par un petit pas. »

Celui qui s’est mis debout ne se remettra plus à quatre pattes et ne rampera plus  jamais.

Le plus dur est de faire le premier petit pas, puis le suivant, puis…,puis…

Guyane est désormais debout et la révolution des mentalités est en marche.

 

avril 27, 2017

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *